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MERVEILLEUSE UTOPIE

Du 6 juillet au 7 septembre 2024 le Groupe Surréaliste de Paris organise la XIXe Exposition internationale du surréalisme à Saint-Cirq-Lapopie en partenariat avec l’association La Rose Impossible, gestionnaire du Centre International du Surréalisme et de la Citoyenneté Mondiale. Cette exposition, intitulée Merveilleuse utopie, se tiendra dans les Maisons André Breton et Émile Joseph-Rignault. Bien qu’entrant dans le cadre du centenaire de la parution du Manifeste du surréalisme, l’exposition n’est en rien commémorative, mais est conçue pour marquer la persistance du surréalisme comme mouvement vivant dans sa continuité après la mort de Breton en 1966, et ce dans l’esprit des expositions de 1938, 1947, 1959, 1965 et 1976. À cette fin, la plus grande partie de l’espace sera consacrée à des œuvres contemporaines d’artistes et groupes européens (France, Espagne, Italie, Pays-Bas, République tchèque, Slovaquie, Royaume-Uni…) et américains (États-Unis, Canada, Mexique, Brésil, Argentine…). Une place sera faite à des œuvres d’art brut ou singulier que leur puissance imaginative fait figurer dans les marges du surréalisme.

Pourquoi Merveilleuse utopie ? Pour rappeler les principes révolutionnaires du surréalisme – transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pièces l’entendement humain (A. Breton) – et la place centrale qu’il accorde aux pouvoirs émancipateurs de l’imagination. Ceci en opposition à l’idée que le surréalisme serait une esthétique ou un simple mouvement artistique.

L’île étant traditionnellement le lieu privilégié de l’utopie, l’exposition est conçue comme un parcours à travers cinq îles dessinant un archipel utopique :

L’île des songes
L’île de la révolte
L’île des métamorphoses
L’île d’amour
L’île d’abondance

Les thèmes transversaux seront l’attraction passionnée selon Charles Fourier (1772-1837) et le monde à l’envers du pays de Cocagne. Au-delà de l’utopie originelle de Thomas More (1516) et de toutes celles conçues dans son sillage, le surréalisme aujourd’hui vise à réenchanter l’utopie comme lieu du bonheur tant individuel que collectif.

Salle 1

Île des songes

Maison Rignault

Cette première île propose l’exploration de l’univers des songes, c’est-à-dire du rêve nocturne, de la rêverie diurne, du « rêve éveillé », des états hypnagogiques, de l’onirisme, du chamanisme etc. Le terme songe englobe rêve et rêverie ; songer c’est rêver et penser. C’est l’occasion d’évoquer « le temps du rêve », l’alcheringa des aborigènes australiens, dont l’un des sens est l’ensemble des mythes de la tribu. Dans l’imaginaire utopique, le mythe joue un rôle moteur, l’utopie elle-même pouvant être définie comme mythe orienté vers l’avenir de l’humanité.

Salle 2

Île de la révolte

Maison Rignault

Cette île est consacrée au caractère existentiel de la révolte. D’abord la révolte individuelle et collective face à l’injustice et à l’oppression, notamment de l’État ; puis contre la mort, contre « l’inacceptable
condition humaine » (Breton) ; peut-être même, suivant le philosophe de l’utopie Ernst Bloch (1885-1977), la révolte comme moteur de la pulsion utopique résidant dans la matière, y compris dans la nature animale non humaine. L’accent sera mis sur la dialectique « révolution et surréalisme » et la transmutation de valeur qui a lieu dans l’histoire du surréalisme lorsqu’on passe du « surréalisme au service de la révolution » à « la révolution au service du merveilleux » pour reprendre l’expression du poète surréaliste américain Franklin Rosemont (1943-2009). Ce sera aussi l’occasion d’évoquer l’écart absolu fouriériste.

Salle 3 et tour

Île des métamorphoses

Maisons Rignault et Breton

Articulée sur deux espaces, cette île rend compte de la transformation du monde et de l’esprit à l’œuvre dans la poursuite de l’utopie : les métamorphismes propres à la matière elle-même, la transformation
de la matière par l’humain et de l’humain par lui-même (une place sera faite à l’art brut comme métamorphose de l’individu « sans culture » ou du fou en créateur). Dans cette partie de l’exposition, nous souhaitons abolir symboliquement la frontière entre le réel et l’imaginaire afin que, selon les termes du Second Manifeste du surréalisme, ils « cessent d’être perçus contradictoirement ». Nous
mettrons ici l’accent sur les processus d’hybridation, la vision animiste du monde des peuples premiers, l’imaginaire délirant des utopistes comme Fourier, qui soucieux de réimaginer le corps humain et ses capacités, démarche que nous concevons en antidote radical au transhumanisme.

Salle 4

Île d’amour

Maison Breton

Dans cette grande salle, nous mettrons en question l’opposition entre besoins et désirs, et entre désirs et plaisirs. Dans cette optique s’inscrit l’essai de synthèse opéré par Breton entre la psychanalyse
freudienne et la critique matérialiste dialectique (Les vases communicants). Les vrais besoins doivent être pleinement désirés et les vrais désirs doivent se détourner des faux besoins sans cesse fabriqués par la société spectaculaire-marchande (qui, elle, travaille à abolir la distinction entre besoin et désir dans un but non utopique, l’éternelle reconduction de l’ordre économique). De même, interroger la séparation des désirs et des plaisirs implique la valorisation du principe de plaisir contre la pulsion
de mort (Thanatos), mais aussi contre le principe de réalité qui lui est sans cesse opposé – d’une réalité aliénée socialement favorisant le maintien de la société de classes.

Salle 5

Île d’abondance

Maison Breton

Avec cette dernière île, nous reprenons un mythe fondateur des utopies, celui du pays de Cocagne, traduisant l’aspiration des paysans privés de tout à une vie délivrée de la faim et du travail et vouée à toute la gamme des plaisirs (gastronomiques, érotiques etc.). Toutes les utopies sociales qui se dressent contre l’ascétisme, prôné par les religions, donc toutes les utopies de l’abondance, prolongent les désirs profonds de vie bonne et heureuse. Nos vrais désirs ne sauraient admettre de limites, sauf ceux de nos corps, de la nature même. Contre la réification du paysage et l’artificialisation de la vie, nous soulignons l’abondance naturelle, non industrielle, non mercantile – source de la richesse sensorielle, passionnelle et de la transformation du sensible. La protection de la nature, dans sa profusion, est, pour le surréalisme, capitale.

L’association La Rose Impossible et le projet de la maison d’André Breton

André Breton a rencontré pour la première fois le village de Saint-Cirq-Lapopie le 24 juin 1950. Invité dans le Lot par le Mouvement des Citoyens du Monde, le principal fondateur du surréalisme (dont nous fêtons cette année le centième anniversaire de la rédaction du premier Manifeste), a écrit dans le livre d’or de la commune comment Saint-Cirq-Lapopie lui était apparu lors de l’inauguration de la Première Route Mondiale sans frontière « comme une rose impossible dans la nuit » où il déclara avoir « cessé de se désirer ailleurs ». Il y acquit « l’auberge des mariniers », l’une des plus anciennes maisons médiévales avec sa tour de garde dominant la rivière, et y passa l’essentiel de ses étés de 1951 jusqu’à sa mort en 1966. Avec sa dernière compagne Élisa ils y accueillirent de nombreux surréalistes des générations de la seconde moitié du XXe siècle, dans un cadre où pouvait se renouveler le surréalisme, après les bouleversements telluriques de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis près de dix ans notre association s’est battue avec la municipalité de Saint-Cirq-Lapopie pour sauvegarder la mémoire vive de ce laboratoire des utopies construit à flanc de falaise sur le magnétisme de la nature lotoise et les imaginaires des premiers temps de l’humanité, notamment la « langue des pierres » glanées dans le Lot, les héritages celtes, les arts populaires etc. Grâce au rachat par la commune de l’ancienne maison d’André Breton durant l’hiver 2016 cette aventure continue, à la rencontre des artistes et des chercheurs d’aujourd’hui, des poètes et des citoyennes et citoyens de passage depuis presque toutes les latitudes, pour que se poursuive la Révolution Surréaliste au XXIe siècle et faire face au grandes menaces de notre temps sans perdre notre capacité d’émerveillement !

Laurent Doucet
Poète et président de l’association « La Rose Impossible »
Centre International du Surréalisme et de la Citoyenneté Mondiale – Maisons André Breton et Émile Joseph-Rignault

Artistes exposées et exposés

Juan Andralis, Pedro Azevedo, Jean-Marc Baholet, Hans Bellmer, Jean Benoît, Anny Bonnin, Massimo Borghese, Jean Branciard, Jorge Camacho, Eugenio Castro, Victor Chab, Sylwia Chrostowska, Darnish, W. A. Davison, Adrien Dax, Gabriel Derkevorkian, Mr. Djub, Aube Elléouët-Breton, Tristan Félix, Kathy Fox, Sarah Froidurot, Eugène Gabritschevsky, Antonella Gandini, Roberto García York, Joël Gayraud, Régis Gayraud, Yoan Armand Gil, Jan Giliam, Guy Girard, Alan Glass, Michel Gouéry, Janice Hathaway, S. L. Higgins, Valentine Hugo, Richard Humphry, Ameli Jannarelli, Alex Januario, Bronisław Kurdziel, Le Maréchal, Sergio Lima, Rik Lina, Gina Litherland, Michael Löwy, Mirka Lugosi, Albert Marenčin, Přemysl Martinec, Didier Mazuru, Desmond Morris, David Nadeau, Georges Papazoff, Jean-Pierre Paraggio, Mimi Parent, Kateřina Piňosová, Pierre Rojansky, Penelope Rosemont, Ron Sakolsky, Mitzura Salgian, Bernard Sanschagrin, Jean-Claude Silberman, LaDonna Smith, Dan Stanciu, Wedgwood Steventon, Jan Švankmajer, Ludovic Tac, Virginia Tentindo, Antoine Terrieux, Jean Terrossian, Clovis Trouille, Emiel Verlinde, Olivier Vallet, Sasha Vlad, Susana Wald, John Welson, Frank Wright, Stefan Zekowski, Michel Zimbacca, Unica Zürn…

Événements associés

• 6 juillet : Vernissage
• 27 juillet – 2 août : Petit théâtre des pendus de Tristan Félix
• 12, 13, 14 juillet : Hôtel Moderne, théâtre de papier de Mr. Djub
• 22 août : Projection du film L’invention du monde (1952) de Michel Zimbacca présentée par Michael Löwy

Retrouvez le calendrier des événements sur notre site ciscm.fr et sur nos réseaux sociaux champs magnétiques !